View Single Post
Old 8th January 2003   #12
Lady E
Mysterious Girl
 
Join Date: Mar 2002
Location: Brighton
Posts: 7,918
from http://www.hiphopsection.com

a really nice review, and a great site with some text in english too.

SUPER COLLIDER
Raw Digits
(Rise Robots Rise, 2002)
....
Â*

L'Ă©curie Tigerbeat6 peut aller changer ses couches, les Neptunes feraient mieux de "nerdiser" un peu plus et Warp devrait retrouver l'esprit du label des compiles '(Artificial Intelligence)'... Bref, je veux dire qu'il faudrait remettre Ă* qui de droit le futur du groove. Alors que le "80's revival" bat son plein dans les soirĂ©es champagne et coco, l'excellent duo Lidell/Vogel vient se heurter une seconde fois Ă* la complaisance gĂ©nĂ©rale avec un ovni musical venu d'une dimension parallèle. PassĂ© quasiment inaperçu aux oreilles du public, leur premier album Head On dĂ©ployait dĂ©jĂ* la puissance de cette collaboration. Trois ans plus tard, la machine est performante et bien rodĂ©e. Raw Digits nous immerge dans une funk fractalisĂ©e, oĂą les donnĂ©es numĂ©riques dansent dans un chaos "jiggadelic". Â*
Â*
Comparer le chant de Jamie Lidell Ă* un Prince sous psychotropes ne suffirait pas Ă* lui rendre justice, ce mec est un cas pathologique. A l'instar d'une star de variet' complexĂ©e par son fric (ou d'un gigoloboy de strass et paillettes), Jamie Ă©ructe des slogans qu'il qualifie d'indĂ©chiffrables, pourtant si sincères. Il voyage avec la lumière et projette son âme dans l'inconnu : une Ă©quation donnant un rĂ©sultat primaire et jouissif. Pendant qu'ODB s'ouvre les veines en prison, il puise dans les recoins de son cerveau des fantasmes dĂ©sespĂ©rĂ©s, un hĂ©ritage de "black music" que peu de gens arrivent Ă* exploiter. LĂ* oĂą certains rappeurs sont en quĂŞte de surrĂ©alisme, super Jamie vaut dĂ©jĂ* plus de 3 milliards de crooners bioniquĂ©s et autres abstractions poĂ©tiques. De toute façon, ceux qui avaient osĂ© s'intĂ©resser Ă* son album solo (Muddlin Gear) ont pu avoir un aperçu de son univers: un collage de swing polluĂ© par les machines, du pop art post-apocalytique... Un des rares artistes du label Spymania Ă* sortir de l'anonymat (merci Warp).

Esclave du Système d'OpĂ©ration, Cristian Vogel pousse le "Digital Sound Processing" au Max : il dĂ©structurise ses beats Ă* coups de synthèse granulaire, sans pour autant nĂ©gliger l'efficacitĂ© "danceflooresque" de ses influences. On sent que ce jeune prodige de la tekno est bien imprègnĂ© de l'ambiance festive de Barcelone (cf. 'Rescate 137' chez Novamute), ha! En tout cas, on est loin de ses expĂ©rimentations binaires alĂ©atoires chez Tresor. Et pourtant, on reconnaĂ®t bien lĂ* son empreinte digitale, les bits sont bien crades et pour paraĂ®tre "hype", je m'aventurerais mĂŞme Ă* dire que la texture sonore est "crispy clean".

Le travail sur la spacialisation du son nous démontre leurs talents dans l'informatique musicale. Bah oui, bien que la démarche artisanale du groupe sauvegarde l'attitude "Do It Yourself", le son n'est pas "lo-fi" pour un sou, c'est du grand travail d'orfèvre. Les mélodies sont "mellow" comme un fromage virtuel, les "glitchs" n'ont jamais été aussi "smooth" et les séries de Fourier rebondissent dans tout les sens.

S'il fallait que je ne retienne qu'un titre de cet album ça serait sans aucun doute 'Radianation On The Rise'. Produit bâtard d'un Timbaland forniquant avec Gonzales, ce hit de "dark cyber R&B" sonne comme une ode Ă* la dĂ©funte Aaliyah. MalgrĂ© l'aspect grotesque que ça pourrait avoir, la cohĂ©rence de ce morceau tabou est soutenue par suffisament d'effets techno-soniques pour faire pâlir Autechre. Vous pouvez jetter tous vos remix blasphĂ©matoires d'Usher ou vos bootlegs incestueux de Craig David, et vous n'aurez plus honte d'admettre que 'Try Again' fait "bouncer" vos neurones sous tĂ©trahydrocanabinol . Il ne faudrait cependant pas Ă©clipser le reste de cette galette cicrculaire (en matière thermoplastique) : chaque morceau est une petite perle, recelant des dizaines d'idĂ©es qui mettent Ă* l'amende la majoritĂ© de la musique Ă©lectronique actuelle.

Ces gars connaissent la chanson et ont trouvé l'équilibre entre l'avant-garde technologique et la musique de club : les Glamnerds™ dans toute leur splendeur.

Bien sĂ»r je pourrais vous trouver des dĂ©fauts Ă* cet album alors qu'il est sorti depuis 6 mois, mais ça n'est pas le but de cette chronique. C'est le temps qu'il m'a fallu pour me rendre compte que c'Ă©tait un "grower". MĂŞme si le dĂ©paysement n'est pas aussi intense qu'Ă* la dĂ©couverte du premier (quoique...), le manque de reconnaissance et la qualitĂ© du projet Super Collider me pousse Ă* m'exprimer sur ce qui pourrait ĂŞtre mon album de l'annĂ©e.

Funk is not dead !

br0, décembre 2002
Lady E is offline  
 :: quote post ::